Disneyland que Proust appelait Guermantes

2. Lourps

 

Michel Leter (1992)

 

© éditions du meilleur café à l'ouest de Parme, 1997

 

 Héloïse et Pierre avaient grandi à Provins. Non, ce n'était pas la rue aux juifs qui avait abrité leurs jeux. On ne parque plus les descendants des usuriers juifs qui s'installèrent à Provins au temps de l'efflorescence des foires de Champagne. La famille de Pierre avait élu domicile de façon plus catholique, rue Sainte-Croix, tandis que celle d'Héloïse logeait rue de l'Ormerie. Nos deux écoliers jouèrent sur les remparts crénelés de la Porte de Jouy, se cachèrent dans la grange à dîme d'Henri le Libéral et dégringolèrent le grimpon du Porc-épic. Pierre adolescent s'était même intéressé à un poète qui, sans qu'il ne le soupçonne, appartenait à l'aire briarde : Rutebeuf. Mais sa mère, qui se raidissait à l'idée tout ce qui pouvait être assimilé à un ferment d'antisémitisme l'avait dissuadé de poursuivre plus avant à cause du poème Disputation du barbier et de Charlot le juif, qui se terminait à l'avantage du barbier.
Héloïse et Pierre se prirent de passion pour la Brie, qui leur avait donné naissance mais dont ils n'avaient jamais eu d'autre idée qu'une grande banlieue de Paris. Ils se plongèrent dans les journaux, dans les chroniques, les ouvrages de Paul Bailly, Justin Bellanger, André Billy, Louis-Félix Bouquelot, Edmée Michelin, Nicolas Pasques, et Christian de Bartillat.

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Premier partenaire d'Euro Disney, RENAULT parraine le "Visionarium" dans Discoveryland. A l'intérieur, vous découvrirez un film sur un écran à 360° (procédé circle vision) dont le héros est Jules Verne. Avec sa technique extraordinaire, ce film vous fera voyager de façon spectaculaire à travers la France, l'Europe et le futur... Vous pourrez voir aussi une évocation de l'esprit d'innovation qui caractérise RENAULT et un véhicule futuriste conçu par le constructeur des "Voitures à Vivre". Ces deux présentations se trouveront respectivement à l'entrée et à la sortie du " Visionarium ".

A la fin juillet, Héloïse dut s'absenter pour rejoindre aux Pays-Bas son amie Esther qui venait de mettre au monde un petit Néerlando-américain. Pierre accompagna Héloïse à la gare du Nord. Il l'installa dans un train bondé de jeunes blonds harnachés de sacs à dos.
Après avoir embrassé Héloïse, il quitta l'endroit surpeuplé. En descendant les marches qui relient la gare du Nord à la gare de l'Est, il fut saisi d'une violente inclinaison à déambuler dans la gare de l'Est à laquelle il s'empressa de céder. Il enfila les quais des trains de banlieue. Des mots qui le faisaient désormais frissonner comme des onguents défilaient sur les panneaux bleu ultramarin, qui semblaient destinés à des aéroports : Chelles, Meaux, Longueville, Provins.
Pierre succomba au mantra du rail et se dirigea vers le premier train à l'affichage en direction de Meaux. Le train démarra lentement, Bondy, Le Raincy, Gagny, à travers les ghettos de la banlieue est de Paris jusqu'à la gare de Chelles-Gournay. Le gazomètre, dirait Lanoux, avait triomphé de Sylvie jusqu'à Vaires. On ne comptait plus les "Rhinocéros" à antennes et à derricks. Dans sa corne d'abondance douteuse, saint Maclou remplaçait saint Faron. Tout se passait comme si les nouveaux colons imaginaient pouvoir moissonner un champ pétrolifère.
La rame s'arrêta à la gare de Lagny-Thorigny. "Cochons-sur-Marne", le nom que Bloy donna à Lagny lui sied de mieux en mieux avec son bel Intermarché au pied des guichets... pour une nouvelle race de cochons. Le train se dégagea péniblement de Lagny. Comment l'horizon n'est toujours pas nettoyé ! Encore des boîtes à chaussures édifiées à la lisière des champs ! La gare d'Esbly : R.A.S. (sauf, la quincaillerie Leplâtre - c'est tout de même plus drôle qu'Intermarché). Aux abords de Meaux les "tags" des "Zulus" ressurgissent (prononcez zoulous) : New York, L.A., Meaux : qui l'eût cru ?
Le train atteignit son terminus, Meaux, où Nerval avant de descendre à l'hôtel de la Sirène fut frappé par une « énorme affiche rouge conçue en ces termes :
Par permission de M. le Maire (de Meaux)
MERVEILLE SURPRENANTE
tout ce que la nature offre de plus bizarre :
UNE TRÈS JOLIE FEMME
ayant pour chevelure une belle
TOISON DE MÉRINOS
couleur marron».
A Meaux, toujours la novlangue des prêcheurs et des bonimenteurs, devenue culturelle, sévissait. On annonçait un "Spectacle historique de nuit" : Meaux en marche vers l'Europe, avec 3000 personnages". Au musée Bossuet on donnait l'exposition "Hip Hop dixit : le Mouv'au musée" (sic). Pour de nobles raisons électoralistes, des taggers étaient promus au rang d'artistes par le prince (je dis le prince pour ne pas mettre nommément en cause Monsieur le ministre de l'Éducation nationale, de la Culture, de la Communication, du Bicentenaire, des Grands travaux, de la Beauté et de l'Intelligence). Le flanc gauche de la cathédrale était criblé de centaines de spots. Sur la petite porte ouverte sur l'abside gauche, on pouvait lire cet avertissement : « Tout goûter, glace, boissons, bonbons se dégustent au dehors. » Dans la cathédrale au gothique flamboyant avaient poussé deux pompeuses statues de Bossuet. Les inscriptions en latin ne disaient pas s'il avait été hip hop dans le mouv' avant la lettre en dépit du fameux jardin en forme de mitre que le Nôtre lui dessina, au flanc du transept de la cathédrale. Rien sur les immenses Philippe de Vitry et Guillaume Briçonnet qui furent également évêques de Meaux.
Pierre rebroussa chemin vers la gare et emprunta la correspondance en autorail à travers le Multien, direction la Ferté-Milon, la ville natale de Jean Racine (je précise Jean, car Pierre s'était demandé, lors d'une station imprudente à la Bibliothèque nationale si le fils Louis ne serait pas aussi à considérer). L'autorail passait par Le Trilport, charmante petite gare : auquel fait face ridiculement un fabricant de coffres (du moins une vieille inscription l'indique). Pierre sentit le vent du large. Le contrôleur arborait déjà un badge frappé du logo de la région Champagne-Ardennes qui ne signifiait rien mais avait coûté son pesant de jaune citron à la région.
Puis le tortillard fit halte à La gare d'Isles-Armentières-Congis. Armentières-en-Brie évoquait Péronne d'Armentières que Pierre avait découverte en parcourant Le Livre du voir dit de Guillaume de Machault (ou Machaut, si l'on s'en tient à la graphie du petit village de Brie dont le premier grand musicien est originaire).
La gare de Lizy-sur-Ourcq... Un classique : tout jusqu'à l'horloge était conforme au type... Crouy-sur-Ourcq... Plus vrai que le type... Les églises sont de plus en plus proches des gares... Mareuil-sur-Ourcq : idem. Et puis ce furent les vastes champs de blé, de maïs et de tournesol, les riches terres du Multien où, sur la Marne en 1914, les paysanneries françaises et marocaines payèrent le prix du sang sur leur propre terrain. A leur tête on trouvait des officiers aussi égarés que braves, tels que le poète Charles Péguy. Péguy, plus fou qu'Artaud, Péguy que Pierre eût tant voulu admirer, s'il n'avait opté au dernier moment pour le suicide en gant blanc, sous les mitrailleuses allemandes. Paix à ces cendres malgré tout. Il faudra bien que Pierre prenne fait et cause pour lui quand les grands communicateurs polyglottes qui vendent des burgers dans les fast food Disney entendront "Peggy".
Le train échoua à La Ferté-Milon sur les trois frontières aux confins de la Picardie, de la Champagne et de l'île-de-France. Sur la petite place Jean Racine qui monte vers les ruines du château médiéval de Louis d'Orléans, Pierre s'arrêta devant le monument Racine sur lequel on pouvait lire :
Au poète jean Racine
ne a la Ferté Milon le 21 décembre 1639
mort le 22 avril 1699
ses compatriotes et admirateurs.
1910
Le socle en grès rose, au lieu du buste de rigueur, est surmonté d'une vasque où poussent des herbes folles. L'église qui la surplombe de quelques mètres est un bon exemple de la façon dont la France respecte son patrimoine... en accordant un soin particulier à la conservation des ruines et au développement des réseaux express destinés aux parcs d'attraction, zones à raccordement prioritaire.
La présente note ne doit en aucun cas être recouverte.
Cette église classée monument historique est fermée pour des raisons de sécurité pour toute visite (individuelle ou collective). Veuillez préalablement demander la clé auprès de la mairie aux jours et heures d'ouverture.
Pierre qui, aussi juif par sa mère que Marcel Proust, n'avait de leçon de christianisme à recevoir de personne, fulminait de se voir interdire l'entrée d'une église que Jean Racine fréquenta, sous prétexte que la puissance publique avait choisi d'investir dans le "mouv'du hip hop dixit" (ou vice versa) et dans l'aide aux futurs Racineland (après le Georges Sandland subventionné dont on attendait l'ouverture prochaine).
Adossé aux ruines du château de Louis d'Orléans, Pierre put se consoler en contemplant une de ces vallées champêtres semées de peupliers le long du canal de l'Ourcq, et où les personnages des contes en vers de La Fontaine avaient batifolé et troussé jupons. Pierre s'allongea sur une coulée verte. S'ensommeillant il aurait volontiers mis un terme à son escapade et renoncé à ses dernières espérances.

Sur le chemin du retour un errant pénétra dans le wagon à la gare de Mareuil-sur-Ourcq et lui tendit un papier. Pierre s'attendait à y lire la litanie des sans-abris : «Je sors de prison, j'ai quatre enfants à nourrir, je veux rester propre et digne pour trouver du travail... » En voyant l'homme fondre sur lui, Pierre tout à sa griserie-sur-Ourcq était bien décidé cette fois à ne pas céder un sou. Mais voilà qu'en jetant un coup d'il au papier qu'il lui avait tendu, il fut ébaubi d'y découvrir un tract soigneusement rédigé au stylo-plume. Le texte retint son attention avant de le captiver. Je vous le livre :
« Ne croyez pas au futur ! Ce paysage fut habité ! Mais après 2000 ans de tentatives, le découragement est trop grand pour qu'il en soit toujours ainsi !
Argile, gypse et sable s'unirent dans les sols du Multien et de la Petite-France pour former des terres arables à la fécondité non pareille. Les campagnes sont en pleine efflorescence au temps de César.
Mais ce sont les grandes invasions : Suèves, Alains, Vandales, Saxons, Hemles, Sarmates, Gépides mettent les rives de la Marne à feu et à sang. A peine les ruines relevées, passe le cyclone Attila réduisant en cendre jusqu'à la dernière pierre. La population si nombreuse à l'époque gallo-romaine est divisée par quatre.
Au septième siècle les monastères, sous l'impulsion de saint Colomban, font renaître le goût de l'agriculture parmi les populations d'origine gallo-romaine. Les Francs eux-mêmes se sédentarisent. L'épeautre, l'orge, le seigle, l'avoine, les pois, les vesces, le navet, le lin, le pavot, la luzerne, le fengrec ressurgissent.
Mais, à partir de 861, les Normands s'aventurent jusqu'à la Marne ; Chelles et Lagny sont pillées et les environs ravagés ; les religieux et les habitants sont passés au fil de l'épée ; ceux qui en réchappent se réfugient dans la forêt. En 863, c'est la ville de Meaux qui est réduite en cendre.
A la faveur des croisades, la pression subie par les campagnes se relâche. Au quinzième siècle l'Europe se retrouve dans les grandes foires de Champagne et de Brie à Lagny, Provins, Meaux. La population de Provins atteint 60000 habitants (aujourd'hui elle n'est plus que de 12000 habitants). Et à propos de Disney - puisqu'on le sait tel est votre souci - sachez que la foire de saint Michel de Crécy se tenait à l'époque près du village de Serris où Disneyland s'édifie. C'est à la même époque que l'on a défriché les environs pour créer Villeneuve-le-Comte.
Mais ce sont le premières escarmouches de la Guerre de Cent ans, les ravages des troupes royales comme des Grandes compagnies qui enfument les habitants de Thieux dans leur église. Puis c'est aux Armagnacs et aux Bourguignons de rivaliser de pillages, robages, viols de femmes et de filles de laboureurs. L'assaillant anglais même, assiégeant Provins, meurt de froid et de faim car les champs ne sont plus cultivés et la disette galope. La peste s'y met avant qu'une invasion de loups ne porte le coup de grâce. Même la réconciliation qui semblait s'amorcer comporte un fléau pour nos paysans : le "sommet" franco-anglais, Charles VI et Henri V, qui tient cour au château de Vincennes jette les derniers survivants dans la famine. A Villeneuve-le-comte porteur de tous les espoirs des défricheurs du début du quatorzième siècle - et que l'on appellerait aujourd'hui Villeneuve-les-souris - il ne reste plus qu'une poignée d'habitants. Après le passage de la pucelle d'Orléans, les Anglais, en quittant Provins s'offrent un dernier baroud en pillant les villages de Soignolles, Lizines, Londoy et Vanvillé, rendant leurs habitants à la vie forestière. L'année suivante, dans la plus pure tradition militaire, on enferme les habitants de Mons dans leur église avant de l'incendier. Sur la lancée après qu'une maladie épidémique venue de Paris eut ravagé la région, un des hivers les plus rudes qui fut s'abat sur la région. Il est précédé d'un vent violent qui s'élève le 7 octobre et abat nombre des maisons qui restaient debout. Il gèle sans discontinuer du 31 décembre à Pâques. Face à ce qui est aujourd'hui Disneyland-Guermantes, dans le tronc d'un seul arbre de la vallée de Gouvernes, on trouve 140 oiseaux morts de froid ! Et cela sans compter les "écorcheurs" héritiers des Grandes Compagnies qui s'entendent avec les Anglais et les Bourguignons pour tuer. On se demande qui pouvait bien rester debout. C'est la grande époque des loups, et entendez moi bien, ce n'est pas une figure de style. Pendant les guerres, ils suivent les armées et font leur ordinaire des cadavres abandonnés dans les champs de bataille. Ils prospèrent. On doit les années qui suivent la Guerre de Cent ans renoncer à employer les boeufs pour le labourage parce que les loups détruisent les attelages.
Enfin la paix rétablie permet de traiter le problème des loups qui n'est résolu qu'à la Renaissance en employant les grands moyens : battues titanesques, incendie de bois entiers. Les foires renaissent. On importe de l'Italie le sainfoin. Les cultures du chanvre et du lin réapparaissent.
Mais en 1477, le roi Louis XI qui compte prendre les Flandres par la famine réquisitionne la population virile de Brie et du Multien pour aller couper les grains en vert dans ces provinces. Le siècle suivant n'apporte pas de meilleures surprises. Au cours des guerres de religions, aussi bien du côté de la soldatesque catholique que des soudards protestants, on vole les grains, les meubles et le bétail, on pille, on viole, on s'honore d'assiéger et de prendre des bourgs tenus par des laboureurs. Les réîtres, mercenaires allemands, s'illustrent tout particulièrement dans cet art militaire.
Enfin Sully vint. Comme tout un chacun vous connaissez son apophtegme "labourage et pâturage", qui prête aujourd'hui à sourire, mais qui à l'époque signifiait la fin des ravages de la soldatesque.
Comme de bien entendu, le tract racontait comment la famine et de nouvelles déprédations écourtèrent ce répit... et ainsi de suite.

Mis en confiance par l'attention soutenue de Pierre, l'homme prit de vive voix le relais de son tract.
- Il me serait trop douloureux de vous rappeler les détails des pillages et carnages de la guerre de 1870, pendant le siège de Paris. Plus douloureux encore me serait le récit de l'hécatombe des champs de l'Ourcq en septembre 1914 avant que le front ne remontât pour d'autres tortures lentes, et que pendant quatre années dépassant tout ce que l'entendement humain peut concevoir, les sillons ne fissent place aux tranchées. A la victoire, les Guermantes cédaient la place aux Verdurins...
En bétonnant, Disney tire un trait sur ce que les vagues successives d'invasions n'avaient pas réussi à réduire en cendre : la moisson. Pendant deux millénaires cette terre a porté ses fruits avant que Mickey ne la stérilise, ne la rende "gaste" comme on disait au Moyen Âge, calamité que seule la mort du roi Arthur avait provoquée auparavant.

Le train arrivait à la gare du Trilport quand, soudain, l'homme, saisi d'effroi, tourna les talons et prit la fuite. Pierre chercha à le retenir.
- Mais restez, je vous aiderai ! (essayant de sortir en gage son porte-feuille, vide).
- Je ne vous ai rien demandé.
- Enfin, Monsieur, qui êtes-vous ?
- Je vous en prie ne cherchez pas à en savoir plus. Je suis le petit-fils d'Odette de Crécy.
L'homme disparut sur un semblant de quai.
Pierre au milieu du chaos d'impressions que lui avait laissé Crécy, tentait de situer Odette de Crécy dans l'uvre de Proust (qui si le code Napoléon avait fait confiance aux femmes se serait appelé Marcel Weil). Odette de Crécy avait épousé Swann, également "israélite", comme disent les universitaires par euphémisme. Mais Marcel ne mentionnait pas la descendance de Swann. L'homme était donc sans doute un mythomane. Mais qu'importe, il avait visé juste.
Tout étourdi encore de la saga de Crécy, Pierre en était à se demander comment, dans l'ordre des grands travaux de salut public, on allait pouvoir passer de l'empoissonnement des étangs de Brie par les moines cisterciens à l'empoisonnement des rongeurs bipèdes ? Une feuille... c'est l'idée qui s'imposait... une lettre mensuelle qui s'adresserait aux perdants... en hommage à Léon Bloy, ils
l'intituleraient... l'Invendable...

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RENDEZ-VOUS EN 1992
D'où que l'on vienne, le domaine d'Euro Disney sera d'accès facile puisqu'au centre des principaux réseaux de transports européens. Il est situé à mi-chemin - et à 30 mn en voiture - des deux grands aéroports internationaux d'Orly et de Roissy Charles de Gaulle. Il sera relié au centre de Paris par la ligne A du RER, avec une nouvelle station arrivant juste à l'entrée principale du parc, ainsi qu'au reste de la France et à l'Europe par l'autoroute A4.
En 1994, le TGV s'arrêtera lui aussi directement à l'entrée principale d'Euro Disney. Si vous souhaitez être parmi les premiers à réserver une chambre d'hôtel pour 1992, n'hésitez pas à vous rendre à notre Centre de Réservation, à l'Espace Euro Disney, ou téléphonez au (1) 49 30 78 00. Vous pouvez aussi écrire à Euro Disney Réservations -B.P. 105- 94350 Villiers-sur-Marne. Rendez-vous en 1992, pour l'ouverture d'Euro Disney, la plus incroyable des destinations de vacances européennes. Le rêve sera alors devenu réalité et nous vous accueillerons, au coeur de la magie selon Disney.

 

A la fin de ce mois de juillet 1991, Pierre - vacancier - avait rendez-vous à Berlin avec Héloïse qui devait gagner de Hollande la toute nouvelle capitale allemande. Le vendredi soir, il prit le train de nuit à la gare du Nord.
En pénétrant au petit jour dans l'Allemagne unie Pierre songeait à l'histoire du train "Lux" qui, parti de Paris le premier septembre 1939, arriva à Varsovie toutes fenêtres brisées. Aussi mal réveillé que Rimbaud, qui crut voir une mosquée à la place d'une usine, Pierre crut encore toucher Istanboul en apercevant au petit jour les dômes d'Aix-la-Chapelle. Les céréales semblaient aussi vertes que l'herbe qui ourle les champs d'ici.
Le train arriva à la gare de Cologne sous un grand néon vert en français portant l'inscription EAU DE COLOGNE. Il n'y avait pas un panneau indicateur qui ne fût éclairé par des lampes intérieures. Des écrans de contrôle analogues à ceux des aéroports indiquaient l'horaire des trains et le quai correspondant.
Pierre changea de train pour l'Intercity "Beethoven" et nach Berlin ! De Cologne à Düsseldorf un complexe chimique Bayer, dont on savait bien cette fois qu'il n'avait rien d'une mosquée, crachait sa puissance ici comme sur le reste de la Ruhr... Duisbourg... Pierre ne pouvait savoir qu'il abordait déjà Dortmund, des "tags" recouvrant les murs d'accès comme dans n'importe quel centre urbain du monde civilisé.
Avant chaque station rapprochée, le haut-parleur annonçait les correspondances et précisait les numéros des quais. Les Allemands raffolent des aiguillages depuis que les Prussiens en 1870 ont découvert le transport de troupes. Alors qu'il se rendait aux toilettes, Pierre passa sans transition sur le territoire de l'ex-RDA. En regagnant son compartiment, il remarqua la nouvelle carte d'Allemagne qui avait été affichée dans le couloir où la Bundesrepublik s'étirait enfin de tout son long. C'est à peine si la frontière sur l'Oder était encore marquée.
Les terres lépreuses et ingrates de Saxe et de Thuringe défilaient bien loin des terres grasses et généreuses de Brie que Disney avait décidé de geler sur un coup de tête, ce qui vu d'ici paraissait encore plus absurde. A Marienborn, qui jusqu'à présent était sous contrôle soviétique, c'était le choc des véhicules blindés frappés de la croix de fer de cette même Bundesrepublik.
Pierre allait chercher à Berlin une réponse à des questions au demeurant anodines : il voulait savoir si, près du Bundestag, les rues Scheidemann et Clara Zetkin qui aboutissaient naguère au mur - l'une venant de l'ouest, l'autre de l'est - étaient toujours séparées. Après avoir remonté Unter den Linden, il obtint une réponse affirmative mais qui suscitait immédiatement une autre question : quelle rue allait donc laisser son nom pour l'autre ?
Pierre se faisait une joie à l'idée de goûter à nouveau ces saucisses indigestes qu'on prend sur le pouce. Sa préférée la Curry Wurst à 2 marks aura-t-elle augmenté depuis 1985 ? La réponse à quelques pfennigs près était négative.
L'herbe ne gagnait plus sur la cathédrale française. Les huguenots reprenaient goût qui des sables du désert firent sortir le quartier de Moabit. L'effondrement de ce Mur - qui aura été le seul monument terrestre visible de la lune avec la grande muraille de Chine - avait réuni Bellevue à Monbijou et Sans Souci.
Le Reichstag demeurait
désaffecté.
Pierre fut choqué de voir qu'en perspective d'une remise en service les impacts de balles qui le criblaient avaient été rebouchés.

Die Mauer muß weg, signé : KPD/ML
Die KPD/ML muß weg, signé : Die Mauer
Cette inscription qui l'avait fait sourire s'en était allée avec les plaques de béton concassées et vendues à prix fort (Voilà comment Honecker eût pu redresser l'industrie est-allemande, en prenant lui-même l'initiative de casser le Mur et en organisant son exportation mondiale ! ).
Dieu que cette ville avait souffert ! Ce qui en Brie serait une vraie colline est comme le Trümmerberg, le mont Klamott, né des milliers de mètres cube des gravas de la Libération. La Trümmerfrau, la femme des ruines fut, les hommes étant morts, la première à sortir des caves où les Berlinois survivaient sur des cadavres de chevaux. Puis elle ramassa la ville pierre par pierre. Un simple bloc de falun sculpté la représente au sommet de la colline de 700 000 mètres cube de débris qui domine le Volkspark Hasenheide.
A la station Friedrichstrasse le poste de douane avait disparu. Les étudiants africains en transit pour Moscou qui attendaient bardés de radio-cassettes stéréo auto-reverse Hitachi, Sharp ou Toshiba s'étaient évaporés. Plus besoin de changer les 25 marks obligatoires. A la sortie la Friedrichstrasse, si triste auparavant, était envahie
par la verroterie.
Le sémaphore pivotant du Berliner Ensemble de Brecht n'émargeait plus solitaire. Partout Becks Bier. Surplombant le parc d'un "Paradies-Auto", la grande enseigne rouillée vantant les charmes des Chemins de fer soviétiques n'avait plus aucune chance.
Au loin seule trônait encore la tour de la télévision est-allemande frappée d'une croix qui la fit surnommer "la revanche du pape". Pierre songea un instant aux allées en croix du jardin en forme de mitre de l'épiscopat de Meaux.
Sur Orianenburgstrasse s'élevait le dôme redoré de la grande synagogue qui désormais surplombait - trop ostensiblement pour être vraie - ce quartier de la ville.
On aurait aimé saluer ce cadeau de la nouvelle Allemagne, si ce désir n'était promptement refroidi par les signes du regain de spéculation immobilière qui encerclait le chantier.
Pierre avait besoin d'une réponse à une dernière question. Qu'était devenu, au nord-est de la ville, le 19 Borodinstrasse où vivait son amie Sara Dienzenhofer ? Il était inoccupé : fruit mûr pour la spéculation lorsqu'elle atteindra cette partie de la ville.
En sortant de la Borodinstrasse qui était environnée par de petites rues portant des noms de musiciens romantiques, Héloïse et Pierre s'aperçurent en consultant leur plan qu'ils se trouvaient à deux pas du cimetière juif de Berlin. Il s'y dirigèrent avec un sentiment mêlé d'impatience et de crainte. A l'entrée le gardien des lieux remit à Pierre le couvre-chef de rigueur. Héloïse remplit un formulaire où le le vieux gardien biffa avec un sourire et moult gesticulations le signe DDR. Une ligne était ménagée pour écrire le nom du parent recherché : Kochmann, en l'occurrence, nom de famille de Pierre. Dubitatif, le cerbère leur communiqua un numéro de téléphone où l'on pouvait joindre, lundi, un service qui saurait vraisemblablement les renseigner.
En parcourant les tombes du cimetière juif, vide et ombragé par une flore sauvage, Héloïse et Pierre furent frappés par la quantité d'Adolf
et en général par l'étalement, qu'ils ressentaient comme impudique, des prénoms allemands (Siegfried !), par les références ferventes au Vaterland, cette frénésie de caractères gothiques. Seuls quelques excentriques risquaient un ou deux caractères hébraïques. Quelle intégration fut plus achevée que celle de la communauté juive allemande ?
En déambulant Pierre remarqua le nom d'un Kochmann, Martin, au milieu d'une liste des martyrs du groupe de résistance Herbert Baum qui tombèrent en 1943 "pour la paix et la liberté" disait la stèle... et sans doute pour une autre Europe que celle des parcs d'attraction du nouveau Kulturkampf, songea-t-il, mais cela n'avait sans doute rien à voir.

Ce jour-là, Colin Prochoice arriva en avance à son travail. Mais il n'était pas le seul. Les employés, gonflés à bloc, étaient visiblement polyvalents : tous cambistes en puissance. Prochoice traversa au pas de course l'enfilade feutrée des bureaux paysagers en saluant, tonique mais bref, tout ce qu'il satellisait. Il n'était que huit heures et demie, mais il pouvait déjà sentir ces effluves de bastringue qui se dégagent toujours des bureaux d'embauche à partir de dix heures du matin.
Qu'importe. Chacun savait ici que toute heure supplémentaire serait remboursée au centuple. Mais avant d'avoir accès au royaume (à thèmes), il fallait faire preuve de discipline, c'est-à-dire selon le jargon d'ici, de créativité. Chez les témoins de Mickey (Mickey Mouse witnesses) l'esprit d'initiative consistait à suivre un étrange code monastique dont les capitulaires réglementaient la longueur de jupe et la coupe de cheveux. Oui, le libéralisme américain était capable d'enterrer le capitalisme, mais pour mieux embrasser le caporalisme.
Norman Prolife accueillit son poulain avec le sourire de la prospérité. Il était à son "desk" fortifié par tout un bataclan de maquettes et de prospectus. Il secouait fort satisfait une coupure du New York Times datée du dimanche 7 juillet 1991 et contant les nouvelles revigorantes du front. Il ne put résister au plaisir d'humilier Prochoice en lui lisant de savoureux passages que nous traduirons ici :
Madame Bone a été licenciée de la Ford Meter Box Company à Wabash, Indiana, après que de la nicotine a été trouvée dans son urine. La politique de l'entreprise : No smoking, ever.
Monsieur Winn à perdu son poste à la Best Lock Corporation d'Indianapolis pour avoir admis qu'il avait consommé de l'alcool plusieurs années auparavant. La politique de Best Lock : No drinking, ever.
Les bonnes nouvelles continuaient de tomber :
Au désespoir de pouvoir contenir l'augmentation des dépenses de santé, de plus en plus, les employeurs cherchent à mieux contrôler la vie privée de leurs employés. Les moins onéreuses de ces interventions sont les avantages économiques offerts à ceux qui perdent du poids, abaissent leur taux de cholestérol ou cessent de fumer. Plus troublantes sont les amendes et discriminatoires, imposées à ceux qui ne se conforment pas aux normes de l'entreprise.
Prolife, de plus en plus échauffé, buccinait ses good news.
La ville d'Athènes en Géorgie, a mené une expérience de discrimination
basée sur le taux de cholestérol.
Dans un effort pour baisser le nombre de demandes de soins liés aux problèmes cardiaques, Athènes refusa pour un temps d'embaucher des employés, même qualifiés, dont les taux de cholestérol excédait les normes de la ville.
- Intéressant, hein ? Les pionniers bandent encore ! Mais il faut toujours que les journalistes brouillent l'information avec leurs commentaires à l'emporte-pièce. Ecoute ce qui suit :
Le programme de la ville d'Athènes a été abandonné sous la pression de l'American Civil Liberties Union sur le motif que la loi interdit l'utilisation de fonds fédéraux pour des discriminations concernant la santé. Les entreprises privées sont libres d'agir comme bon leur semble - bien que, comme dans le cas de Bone les cours de justice des états commencent à mettre le holà.
- Tous ces Juifs oisifs du New York Times, ne pourraient-ils pas se contenter de donner l'information au lieu de toujours commenter ! Et ils se permettent de titrer None of an Employer's Business ! Que savent-ils des affaires ?
- Calme toi. En France, à part leur Canard enchaîné, aucun journal ne viendra te chercher des noises.
Sans doute dans notre Fantasyland, le pays des Droits de l'homme et des coups d'état, tout était permis aux bootleggers pourvu qu'ils participent au financement des voyages d'études de nos conseillers généraux.
Mais cela faisait-il une toponymie ?

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IMAGINEZ FANTASYLAND
Continuant votre voyage au cur de l'imaginaire, vous arrivez à Fantasyland, pays oh combien féerique et enchanteur ! Inspiré des enluminures des "Très Riches Heures du Duc de Berry", le château de la Belle au Bois Dormant, véritable symbole de la magie Disney, domine, du haut de ses 43 mètres, tout le parc Euro Disneyland. A l'abri de ses murs vous découvrirez un village où tous les contes qui peuplent les rêves de l'enfance deviennent réalité.
Et ici, c'est en quelque sorte un retour aux sources pour Blanche-Neige, Pinocchio, Dumbo l'éléphant, Alice au Pays des Merveilles... et tous les autres fabuleux personnages créés par Walt Disney, d'après les légendes et les contes européens. Quand vous quitterez ce monde merveilleux, vous ferez le tour... du monde, en montant à bord du petit bateau magique, pour découvrir "It's a Small World", l'hommage rendu par Walt Disney aux enfants de tous les pays.

Héloïse et Pierre rentrèrent de Berlin, le 19 août tandis que les radios annonçaient la tentative de consolidation d'un pouvoir que Mikhaïl Gorbatchev avait imprudemment laissé à ses pairs. Après le bain de jouvence de la guerre du Golfe, les militaires soviétiques offraient un dernier cadeau budgétaire à leurs collègues français. Alors que l'on était en droit d'attendre une réaction sans ambages de nos responsables, le Quai d'Orsay - qui ne savait pas encore de quel côté du manche la diplomatie française allait devoir se raccrocher - publiait ce communiqué chèvre-chou :

 

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La destitution de M. Gorbatchev, si son caractère définitif se confirme, est un événement considérable, d'autant qu'elle s'accompagne de la proclamation de l'état d'urgence. Il convient d'attendre des précisions sur les circonstances dans lesquelles cette destitution est intervenue, et surtout sur les mesures que prendront ses auteurs pour apprécier sa portée.

Notre courageux Président de la République qui ne manquait jamais une occasion de répondre aux appels de l'histoire déclara le soir à la télévision qu'il « était prématuré d'envisager des sanctions ». Sans doute par cette mesure de sang-froid, et par son oubli de téléphoner aux assiégés, entendait-il faire pression sur les putschistes et venir en aide aux moscovites qui se préparaient à affronter les chars. Le lendemain au vu de la fermeté des dirigeants étrangers et de la glorieuse incertitude du sens giratoire, on changea de monture. Puisque les puissants n'étaient plus où "la France" l'avait cru et à la remorque de la communauté internationale, on se préparait
à d'autres embrassades circonstanciées que
faute de politique étrangère on appelle diplomatie.
Nos amis Katia, Andréï et leur bébé étaient-il devant "La Maison Blanche" assiégée dans l'attente des chars ? Que pensaient-ils de la trahison de notre Président ? Héloïse avait passé la journée à téléphoner à ses amis de Kiev, Moscou, Vilnius et Petersbourg (et non pas Leningrad comme s'acharnaient à le dire les journalistes au mépris du référendum organisé par la ville). Comment peut-on être nationaliste ? La honte d'appartenir à l'hexagone qui leur était montée au front après l'intervention télévisée du Président avait décuplé la combativité d'Héloïse et de Pierre.
Le lendemain, ils avaient rendez-vous avec Hégésippe au Relais de Guermantes avec la ferme attention de passer à la contre-attaque. Le soir du 20, tandis que le Quai d'Orsay se tâtait toujours pour savoir s'il fallait soutenir directement le "populiste" Elstine, le démagogue qui tenait lieu de Président de la République française passa le plus clair de son temps à téléphoner à Mikhaïl Gorbatchev dont on pouvait se douter que le KGB lui avait confisqué sa panoplie de gadgets. Mais la cote du chef de l'état et de son gouvernement étant au plus bas, on fit porter muet le Premier ministre et monter au créneau le ministre de la Propagande (littéralement "de la Culture et de la Communication") pour tenter d'engranger quelques points dans le prochain sondage d'opinion. On court-circuita toute initiative qui eût pu venir d'éléments incontrôlés en prenant les rédactions de vitesse. Monsieur le ministre de la Culture, porte-parole du gouvernement annonçait la création d'un Comité d'état indépendant (de la société civile). Pour la circonstance on avait réquisitionné les "intellectuels" devant les caméras du 20 heures. Monsieur Élie Wiesel fut bombardé président de ce Comité par l'Elysée. S'annexant l'autorité morale de 200 nobels que la France allait convoquer à Paris, il se mit immédiatement à défendre la diplomatie française et l'avance qu'elle aurait prise dans cette crise sur celle des pays étrangers !
En tant que juifs Héloïse et Pierre mesuraient l'opprobre que représentait la courtisanerie et la vassalité d'un personnage aussi considérable que Monsieur élie Wiesel à l'égard de la monarchie française. Il apparaissait de plus en plus clairement que le danger ne venait plus tant des acmés autocratiques des idéologies léniniste, fasciste ou libérale, bien moribondes, mais d'une autre antichambre de la dictature, l'idéologie du culturel, qui se manifestait aussi bien dans la décision politique d'accorder un fief en Brie à la maison Disney, que dans les shows télévisés du Président de la République et de son ministre de la Propagande.
La "clarification" du débat politique ne laissait plus en présence le libéralisme face à la social-démocratie, mais les hommes de connaissance face aux hommes de puissance. Le réveil de la démocratie française passait donc par une résistance de la pensée au culturel et par la reconstitution de petites communautés de savoirs. Pierre et Héloïse se dirent qu'à trois avec Hégésippe, ils en formaient déjà une, et bien teigneuse...
Pierre parla à Héloïse de sa rencontre du Multien avec Crécy et de l'idée qui lui était venue alors de publier une lettre des poètes disparus. Puisque la poésie ne se vend qu'en Amérique l'Invendable sonnerait juste. On l'emprunterait à Léon Bloy avec, à n'en pas douter, son aval posthume.
Comme convenu Héloïse et Pierre retrouvèrent Hégésippe au Relais de Germantes. La cidromel préparée par Hégésippe le premier jour était restée au frais durant plusieurs jours. On leur apporta la cruche frappée à souhait. Héloïse se régala.
Hégésippe leur proposa de l'accompagner dans son "manoir", le château de Lourps, que Huysmans avait fréquenté et à l'abri duquel il avait donné l'hospitalité de la décadence à son ami Léon Bloy. Le château, qui était déjà branlant à l'époque de Huysmans, devait être aujourd'hui en ruine.
Après avoir consulté le plan, Pierre protesta affirmant que le château ne figurait plus sur la carte et que tout laissait à penser qu'il avait été rasé pour insalubrité.
« Imaginaire ou pas rétorqua Héloïse, il existe. Le château de la Belle au Bois Dormant de Disney est bien imaginaire et il existe, hélas! Pire, il se multiplie ! Celui du côté de Guermantes n'est que le clone des châteaux de Californie, de Floride et du Japon. Qui nous empêcherait d'investir un château que Joris-Karl Huysmans a immortalisé dans En rade ?
- Rassurez-vous j'y habite. Même si, dans certaines chambres, c'est à la belle étoile! Vous vous y plairez, on ne peut imaginer de plus beaux plafonds pour une alcôve. Et puis dans les sous-sols, j'ai hérité d'un atelier de composition et de toute une imprimerie.
Pierre dressa l'oreille et oublia peu à peu ses craintes. Imaginaire ou pas, si l'on pouvait imprimer L'Invendable à l'oeil...
Lorsque Héloïse et Pierre pénétrèrent dans le château de Lourps, Hégésippe qui les précédait dut craquer une allumette. Ils se trouvaient dans un gigantesque vestibule dont les panneaux peints en marbre pelaient, devant un escalier à rampe forgée de fer.
Par les fenêtres brisées le vent s'engouffrait, remuant l'ombre amoncelée sous la voûte, secouant les portes dont les battants geignaient, à des étages supérieurs, en l'air.
Ils s'arrêtèrent au premier.
- Voilà votre chambre, réfléchissez avant de vous enfuir c'est une des rares chambres habitables du château.
Il y avait trois portes, une en face, une dans un renfoncement à droite, une autre dans un renfoncement à gauche.
Une raie de lumière filtrait sous la première. Hégésippe entra. Aussitôt un inexprimable malaise saisit Pierre tandis qu'Héloïse était aussi souverainement recueillie que lorsqu'elle pénétra enfant dans l'ossuaire de Douaumont. La pièce dans laquelle ils s'étaient introduits était très grande, tapissée sur les murs d'un papier imitant une treille, losangé de barreaux vert cru sur fond saumâtre. Des trumeaux de bois gris surmontaient les portes et, sur la cheminée en marbre griotte, une petite glace verdâtre dont le tain coulé picotait l'eau de virgules de vif-argent, était encadrée dans des boiseries également grises.
En fait de plancher, des carreaux autrefois peints en orange et, le long des cloisons, des placards dont les portes en papier tendu sur châssis étaient criblées de balafres et d'éraflures.
Bien qu'Hégésippe eût fait l'effort de balayer la chambre et ouvert la fenêtre, une senteur de vieux bois, de plâtre mou, de filasse humide et de cave, s'exhalait de ce logis mort.
C'est sinistre ici, pensa Pierre. Il regarda Héloïse qui ne semblait pas effarée par la glaciale solitude de cette pièce. Bien au contraire, elle l'examinait avec complaisance et souriait à la glace qui lui renvoyait son visage décoloré par l'eau verte, grêlé par les brèches de l'étamage.
Cherchant machinalement à calmer son angoisse, Pierre se surprit à compter les losanges du papier treille qui couvrait les murs. Il déclinait avec soin les morceaux rapportés du papier de tenture dont les dessins ne se joignaient pas. Soudain un phénomène bizarre se produisit : les bâtons verts des treilles ondulèrent, tandis que le fond saumâtre du lambris se ridait tel qu'un cours d'eau.
Et ce friselis de la cloison jusqu'alors immobile s'accentua; le mur, devenu liquide, oscilla, mais sans s'épandre; bientôt, il s'exhaussa, creva le plafond, devint immense, puis ses moellons coulants s'écartèrent et une brèche énorme s'ouvrit, une arche formidable sous laquelle s'enfonçait une route.
Peu à peu, au fond de cette route, un palais surgit qui se rapprocha, gagna sur les panneaux, les repoussant, réduisant ce porche fluide à l'état de cadre, rond comme une niche, en haut, et droit en bas.
Et ce palais qui montait dans les nuages avec ses empilements de terrasses, ses esplanades, ses lacs enclavés dans des rives d'airain, ses tours à collerettes de créneaux en fer, ses dômes papelonnés d'écailles, ses gerbes d'obélisques aux pointes couvertes ainsi que des pics de montagne d'une éternelle neige, s'éventra sans bruit, puis s'évapora, et une gigantesque salle apparut pavée de porphyre, supportée par de vastes piliers aux chapiteaux fleuronnés de coloquintes de bronze et de lys d'or.
Derrière ces piliers, s'étendaient des galeries latérales, aux dalles de basalte bleu et de marbre, aux solivages de bois d'épine et de cèdre, aux plafonds caissonnés, dorés comme des châsses; puis dans la nef même, au bout du palais arrondi tel que les chevets à verrières des basiliques, d'autres colonnes s'élançaient en tournoyant jusqu'aux invisibles architraves d'un dôme, perdu, comme exhalé, dans l'immesurable fuite des espaces. Autour de ces colonnes réunies entre elles par des espaliers de cuivre rose, un vignoble de pierreries se dressait en tumulte, emmêlant des cannetilles d'acier, tordant des branches dont les écorces de bronze suaient de claires gommes de topazes et des cires irisées d'opales.
Partout grimpaient des pampres découpés dans d'uniques pierres; partout flambait un brasier d'incombustibles ceps, un brasier qu'alimentaient les tisons minéraux des feuilles taillées dans les lueurs différentes du vert, dans les lueurs vert-lumière de l'émeraude, prasines du péridot, glauques de l'aigue-marine, jaunâtres du zircon, céruléennes du béryl; partout du haut en bas, aux cimes des échalas, aux pieds des tiges, des vignes poussaient des raisins de rubis et d'améthystes, des grappes de grenats et d'amaldines, des chasselas de chrysoprases, des muscats gris d'olivines et de quartz, dardaient de fabuleuses touffes d'éclairs rouges, d'éclairs violets, d'éclairs jaunes, montaient en une escalade de fruits de feu dont la vue suggérait la vraisemblable imposture d'une vendange prête à cracher sous la vis du pressoir un moût éblouissant de flammes !
Çà et là, dans le désordre des frondaisons et des lianes, ces ceps fusaient, à toute volée, se rattrapant par leurs vrilles à des branches qui formaient berceau et au bout desquelles se balançaient de symboliques grenades dont les hiatus carminés d'airain caressaient la pointe des corolles phalliques jaillies du sol.
Cette inconcevable végétation s'éclairait d'elle-même; de tous les côtés, des obsidianes et des pierres spéculaires incrustées dans des pilastres, réfractaient, en les dispersant, les lueurs des pierreries qui, réverbérées en même temps par les dalles de porphyre, semaient le pavé d'une ondée d'étoiles.
Soudain la fournaise du vignoble, comme furieusement attisée, gronda; le palais s'illumina de la base au faîte, et soulevé par une sorte de lit le Roi parut, immobile dans sa robe de pourpre, droit sous ses pectoraux d'or martelé, constellés de cabochons, ponctués de gemmes, la tête couverte d'une motre turriculée, la barbe divise et roulée en tube, la face d'un gris vineux de lave, les pommettes osseuses, en saillie sous des yeux creux.
Il regardait à ses pieds, perdu dans un rêve, absorbé par un litige d'âme, las peut-être de l'inutilité de la toute-puissance et des inaccessibles aspirations qu'elle fait naître; dans son il pluvieux, couvert tel qu'un ciel bas, l'on sentait la disette de toute joie, l'abolition de toute douleur, l'épuisement même de la haine qui soutient et de la férocité dont le régal continué s'émousse.
Lentement enfin, il leva la tête et vit, devant un vieillard au crâne en oeuf, aux yeux forés de travers sur un nez en gourde, aux joues sans poils, granulées ainsi qu'une chair de poule et molles, une jeune fille debout, inclinée, haletante et muette.
Elle avait la tête nue et ses cheveux très blonds pâlis par des sels et nuancés par des artifices de reflets mauves coiffaient son visage comme d'un casque un peu enfoncé, couvrant le sommet de l'oreille, descendant tel qu'une courte visière sur le haut du front.
Le cou dégagé restait nu, sans un bijou, sans une pierre, mais des épaules aux talons, une étroite robe la précisait, serrant les bulles timorées de ses seins, affûtant leurs pointes brèves, lignant les ambages ondulés du torse, tardant aux arrêts des hanches, rampant sur la courbe exiguë du ventre, coulant le long des jambes indiquées par cette gaine et rejointes, une robe d'hyacinthe d'un violet bleu, ocellée comme une queue de paon, tachetée d'yeux aux pupilles de saphir montées dans des prunelles en satin d'argent.
Elle était petite, à peine développée, presque garçonnière, un tantinet dodue, très amenuisée, toute frêle; ses yeux bleus flore étaient reculés vers les tempes par des tirets de teinture lilans et estompés en dessous pour les faire fuir; ses lèvres fardées crépitaient dans une pâleur surhumaine, dans une pâleur définitive acquise par un décolorement voulu du teint; et la mystérieuse odeur qui émanait d'elle, une odeur aux âmes liées et discernables, expliquait ce blanc subterfuge par les pouvoirs des parfums de décomposer les pigments de la peau et d'altérer pour jamais le tissu du derme.
Cette odeur flottait autour d'elle, l'auréolait, pour ainsi dire d'un halo d'arômes, s'évaporait de sa chair par bouffées tantôt agiles et tantôt lourdes.
Sur une première couche de myrrhe, au relent résineux et brusque, aux effluences amères presque hargneuses, à la senteur noire, une huile de cédrat s'était posée, impatiente et fraîche, un parfum vert, qu'arrêtait la solennelle essence du baume de Judée dont la nuance fauve dominait, à son tour contenue, comme asservie, par les rouges émanations de l'oliban.
Ainsi debout dans sa robe égrenée de flammes bleues, imbibée d'effluves, les bras ramenés derrière le dos, la nuque un peu renversée sur le cou tendu, elle demeurait immobile mais, par instants, des frissons passaient sur elle et les yeux de saphir tremblaient, en pétillant, dans leurs prunelles d'étoffe remués par la hâte des seins.
Alors l'homme à la tête glabre, au crâne en uf, s'approcha d'elle, des deux mains saisit la robe qui glissa et la femme jaillit, complètement nue, blanche et mate, la gorge à peine sortie, cerclée autour du bouton d'une ligne d'or, les jambes fuselées, charmantes, le ventre gironné d'un nombril glacé d'or, moiré au bas comme les cheveux de reflets mauves.
Dans le silence des voûtes elle fit quelques pas, puis s'agenouilla et la pâleur inanimée de sa face s'accrut encore.
Reflété par le porphyre des dalles, son corps lui apparaissait tout nu; elle se voyait telle qu'elle était, sans étamine, sans voile, sous le regard en arrêt d'un homme; le respect épeuré qui, tout à l'heure, la faisait frémir devant le muet examen d'un Roi, la détaillant, la scrutant avec une savourante lenteur, pouvant s'il la congédiait d'un geste, insulter à cette beauté que son orgueil de femme jugeait indéfectible et consommée, presque divine, se changeait en la pudeur éperdue, en l'angoisse révoltée d'une vierge livrée aux mutilantes caresses du maître qu'elle ignore.
La transe d'une irréparable étreinte, rudoyant sa peau anoblie par les baumes, broyant sa chair intacte, descellant, violant, le ciboire fermé de ses flancs, et, surgissant plus haut que la vanité du triomphe, le dégoût d'un ignoble holocauste, sans attache d'un lendemain peut-être, sans balbuties d'un personnel amour leurrant par d'ardentes simagrées d'âme la douleur corporelle d'une plaie, l'anéantirent ; - et la posture qu'elle gardait écartant ses membres, elle aperçut devant elle, dans la glace du pavé noir, les couronnes d'or de ses seins, l'étoile d'or de son ventre et sous sa croupe géminée, ouverte, un autre point d'or.
L'oeil du Roi vrilla cette nudité d'enfant et lentement il étendit vers elle la tulipe en diamant de son sceptre dont elle vint, défaillante, baiser le bout.
Il y eut un vacillement dans l'énorme salle; des flocons de brume se déroulèrent, ainsi que ces anneaux de fumée qui, à la fin des feux d'artifice, brouillent les trajectoires des fusées et dissimulent les paraboles en flammes des baguettes; et, comme soulevé par cette brume, le palais monta s'agrandissant encore, s'envolant, se perdant dans le ciel, éparpillant, pêle-mêle, sa semaille de pierreries dans le labour noir où scintillait, là-haut la fabuleuse moisson des astres.
Puis, peu à peu, le brouillard se dissipa; la femme apparut, renversée, toute blanche, sur les genoux de pourpre, le buste cabré sous le bras rouge qui la tisonnait.
Où, dans quel temps, sous quelles latitudes, dans quels parages pouvait bien se lever ce palais immense, avec ses coupoles élancées dans la nue, ses colonnes phalliques, ses piliers émergés d'un pavé d'eau miroitant et dur ?
Pierre errait dans les propos antiques, dans les vieilles légendes, choppait dans les brumes de l'histoire, se représentait de vagues Bactrianes, d'hypothétiques Capadoces, d'incertaines Suzes, imaginait d'impossibles peuples sur lesquels pût régner ce monarque rouge tiaré d'or, grénelé de gemmes.
Peu à peu cependant une lueur jaillit et les souvenirs des livres saints en dérive dans sa mémoire se ressoudèrent, les uns aux autres, et convergèrent sur ce livre où Assuérus, aux écoutes d'une virilité qui s'use, se dresse devant la nièce de Mardochée, l'auguste entremetteur, le bienheureux truchement de Dieu.
Les personnages s'éclairaient à cette lueur, se délinéaient aux souvenirs de la Bible, devenaient reconnaissables; le Roi silencieux, en quête d'un rut, Esther macérée, douze mois durant, dans les aromates, baignée dans les huiles, roulée dans les poudres, conduite, nue, par Égée l'eunuque, vers la couche rédemptrice d'un peuple.
Et le symbole se divulguait aussi de la Vigne géante, sur par Noé, de la Nudité charnelle, sur d'Esther, de la Vigne s'alliant pour sauver Israël, aux appas de la femme, en arrachant une essentielle promesse à la luxurieuse soûlerie d'un Roi.
Cette explication semblait juste, se dit Pierre, mais comment l'image d'Esther était venue l'assaillir alors qu'aucune circonstance n'avait pu raviver ces souvenirs si longuement éteints ?

Héloïse secouait Pierre. Il s'était endormi sur un assemblage de bois pourvu d'un vague sommier. Il raconta avec force détails l'irruption chimérique d'Esther. Hégésippe qui avait déjà entendu et lu mot pour mot ce récit lui répondit que chaque nouvel arrivant au château de Lourps, en fonction de son degré de sensibilité affective et de perméabilité cutanée, pouvait aller jusqu'à être traversé par les visions que Jacques, le héros de Huysmans dans En rade, avait éprouvées en s'installant ici. Cela pouvait surprendre, mais c'était beaucoup plus économique que l'animatronic de Disney ou que le génitron Cointreau inauguré devant le Centre Pompidou par le Président de la République française !
L'explication fantaisiste d'Hégésippe n'emportait pas la conviction de Pierre. Il fallut que le maître des lieux aille chercher le livre de Huysmans pour que Pierre soit ébranlé. Et pourtant une réminiscence de Proust s'imposait avec au moins autant de vigueur. Le souvenir conduisait Pierre Du côté de chez Swann dans l'église de Combray. Proust y évoquait "deux tapisseries de haute lice" représentant le couronnement d'Esther. Marcel ajoute que «la tradition voulait qu'on eût donné à Assuérus les traits d'un roi de France et à Esther ceux d'une dame de Guermantes dont il était amoureux». Mais à quoi rimait l'interprétation de ce rêve puisque Mardochée n'était plus là pour les défendre - il s'était rangé en acceptant le poste de directeur de la communication dans un pool de parfumerie ?

Après avoir triomphé d'un labyrinthe de corridors, de cabinets et de portes ils échouèrent, au bout du château, dans un salon immense, garni de rayons et d'armoires. Hégésippe repoussa les volets d'une croisée et, dans un jet de lumière, la physionomie de ce lieu parut.
C'était l'ancienne bibliothèque du château; les armoires avaient perdu leurs vitres dont les éclats craquaient sous leurs souliers, dès qu'ils bougeaient; le plafond se cuvait par plaques, s'écaillait, pleuvait les pellicules de ses plâtres sur la poudre du verre qui sablait le plancher de petites lueurs; derrière eux, ils s'aperçurent qu'un sureau poussait, au travers d'une fenêtre crevée, dans la pièce et époussetait de ses branches les loupes et les cloques soulevées par l'humidité des murs. En bas, en haut, tout s'avariait, se porphyrisait, s'écalait, se cariait, tandis qu'en l'air d'énormes araignées de grange, estampées sur le dos d'une croix blanche (la même revanche du pape que sur le globe de la tour de la télévision est-allemande, jugea Pierre en souriant jaune) se balançaient, dansant de silencieuses chaconnes, les unes en face des autres, au bout d'un fil.
Pierre restait songeur. Cette bibliothèque, si délabrée, avait dû vivre. Qu'étaient devenus tous les veaux jaspés, tous les maroquins à gros grains, bleu gendarme ou vin de Bordeaux, tête de More ou myrte, les peaux du Levant, armoriées sur les plats et dorées sur les tranches; qu'était devenue l'indispensable mappemonde, avec ses têtes d'anges bouffis, soufflant de leurs joues gonflées à chacun des points cardinaux; qu'étaient devenus la table en bois d'amarante et de rose, les meubles contournés aux sabots dorés à l'or moulu et aux pieds tors ?
Dans l'Enfer de la bibliothèque, comme l'appelait Hégésippe, on parvenait enfin à l'imprimerie. Là sommeillait une presse du dix-neuvième siècle, d'avant même les linotypes.
De la "vraie" typo à composition manuelle où l'imprimeur a des griseries de forgeron.
Pierre sortit le manuscrit du numéro 1 de L'Invendable... Ils s'opposèrent sur le choix du caractère. Certes, ils étaient tombés d'accord pour bannir les linéales, caractères sans empattement, ainsi que les mécanes et leurs empattements rectangulaires pesants. Mais les avis se partageaient entre lettres à empattements filiformes ou triangulaires, entre la garalde renaissance défendue par Héloïse, avec le garamond, la réale défendue par Pierre avec le times, et la didone défendue par Hégésippe, avec le bodoni, le morceau fut emporté par le plus insistant, et on choisit un garamond corps 12.
Hégésippe définit le calibrage, choisit le papier dans un endroit qu'il avait pu miraculeusement garder à sec, et coordonna la préparation de la maquette. Héloïse et Pierre furent placés par le "prote" devant de grandes casses à l'ancienne. Pierre, peu expérimenté, eut les yeux plus gros que le ventre. Au dire d'Hégésippe, il "mit en pâte" sa composition mal serrée et dut - une nouvelle fois - "aller en Germanie" ("je remanie" en argot typographique).
La fièvre de l'atelier rendit Hégésippe prolixe. Il ne tarissait pas d'anecdotes. « Entre typos, leur confia-t-il notamment, on appelle "manger un lapin" aller à l'enterrement d'un camarade parce qu'après les funérailles de l'un des nôtres nous nous réunissons dans un restaurant autour d'un lapin. Mon plus proche collaborateur dans l'imprimerie, que je dirigeais naguère à Provins, était atteint d'un cancer qui, il le savait, lui serait tôt ou tard fatal. Or, il était sincèrement chagriné à l'idée qu'il ne pourrait manger son propre lapin, puisque par définition il ne pourrait physiquement assister à ses funérailles. Aussi nous l'invitâmes manger un lapin préparé par Monsieur Bacoury au Relais Saint-Étienne à Meaux. On fit fête au lapin à la moutarde de Meaux qui fut arrosé de brouilly frais, de bonne humeur et de sortes, ainsi que l'on baptise nos contes, balivernes et plaisanteries d'ateliers.»
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La Banque Nationale de Paris a dirigé le montage financier et a conduit l'introduction en bourse d'Euro Disney. Elle parrainera "l'Orbitron", impressionnante sculpture en mouvement symbolisant l'univers. Dans cette galaxie, les visiteurs pourront piloter des machines volantes inspirées de Léonard de Vinci.
La BNP est aussi la banque officielle du parc et mettra à la disposition du public des distributeurs automatiques de billets.